Kinshasa - RD Congo - jeudi, 22 juin 2017 -
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Projet Pro-Routes

BUTA : Quand la route relance les affaires, 13 ans après

Arrivé à Buta la veille, Omari Songoro, homme d’affaires bien connu pendant des décennies dans tout l’ancien district du Bas-Uélé, fait à bord de sa jeep le tour de la ville de Buta. Question de « voir ce qu’il en reste », pour reprendre sa propre expression. Malgré la nostalgie qui l’envahit, il ne cache pas sa joie de retourner à Buta, après une très longue absence. « Depuis que j’ai quitté Buta, cela fait 13 ans…je suis arrivé hier … j’ai quitté Kisangani à 7h du matin et je suis arrivé ici à Buta vers 16h… je suis très content… je ne me suis pas embourbé… la route est très bonne…je ne suis pas fatigué… je suis arrivé relaxé… c’est magnifique… je suis revenu pour essayer de relancer mes affaires… » dit-il. Pourquoi une si longue absence? « C’est essentiellement à cause de la route, il n’y avait plus de route ; pour des raisons de sécurité également » répond-il.

Omari est retourné à Buta parce que la route a été rouverte et que la circulation automobile est rétablie, après plus de deux décennies d’interruption. Tout cela grâce aux travaux de réouverture de la route exécutés sur les axes Kisangani-Buta-Dulia (400 km) et Dulia-Aketi-Bunduki (125 km) par le projet Pro-Routes financé par la Banque mondiale, la Coopération britannique et la RDCongo à travers le Fonds National d’Entretien Routier.

Pro-Routes a pour objectif de rétablir et de préserver, dans le respect de l’environnement et du bien-être des populations riveraines, les principales liaisons routières de la République Démocratique du Congo susceptibles de permettre la relance socioéconomique et l’intégration interne et interne du pays. Au regard de l’immensité du territoire et de l’importance des moyens financiers requis pour atteindre cet objectif, l’approche technique adoptée par le projet consiste en une amélioration progressive avec un aménagement à standards et coûts réduits supporté par un entretien conséquent et régulier. Cette philosophie permet alors de rouvrir le plus grand nombre possible de kilomètres de routes afin de désenclaver le plus grand nombre de communautés.

C’est en août 2009 qu’ont démarré les travaux de réouverture de la route Kisangani-Buta (324 km). Buta a été désenclavé au premier trimestre 2013 après près plus de deux décennies d’isolement. Outre la réhabilitation du bac qui assure la traversée de la rivière Aruwimi à Banalia,à 128 km de Kisangani, Pro-Routes a procédé au remplacement du pont Lindi II entre Kisangani et Banalia. Ce pont est le dernier et le plus long avec 245 m de portée de 9 ponts métalliques remplacés par le projet sur la RN4 (axe Banalia-Kisangani-Beni) pour un coût global de 12,7 millions de dollars américains. Grâce au projet Pro-Routes, 2400 km de route sont rouverts à la circulation automobile sur le réseau routier ultra-prioritaire de la RD Congo avec un niveau de service satisfaisant, soit un taux de réalisation d’environ 71% sur une prévision de 3400 km attendue pour février 2018.

Buta était un enjeu politique et économique de taille. C’était également un des objectifs essentielsdu projet Pro-Routes dans l’ex-Province Orientale. « Ce qui nous préoccupait jusqu’ici, c’était l’arrivée du projet à Buta dans la réouverture de la route Kisangani-Banalia-Buta-Dulia-Aketi-Bunduki… depuis le lancement de travaux en août 2009, l’objectif essentiel était l’atteinte de Buta… c’ est une étape importante qui vient d’être franchie car c’est depuis très longtemps qu’on ne pouvait pas venir de Kisangani » a déclaré Monsieur Alexandre K. Dossou, Chargé de Projet Pro-Routes à la Banque mondiale.

Avec la réouverture de la route, Buta reprend vie dans tous les secteurs. Les facilités de transport et les échanges commerciaux avec les provinces de la Tshopo, de l’Iruri et du Nord-Kivu favorisent les initiatives de tout genre, dans tous les secteurs. Le contexte, pour ainsi dire, encourage l’investissement, les affaires.

Né d’un père commerçant grec et d’une mère congolaise, Omari Songoro s’était bâti une fortune à travers le district du Bas-Uélé. « J’avais des activités dans tout le Bas-Uélé : un hôtel, un magasin Gros et trois magasins Détails à Buta, 22 antennes à travers le district du Bas-Uélé, une grande plantation de café à 22 km de Buta sur la route d’Aketi … » rappelle-t-il non sans regret. Au début de la décennie 1990, du fait de la dégradation continue d’abord, puis de la rupture, de la route Kisangani-Buta, ses affaires commencèrent à battre de l’aile. L’approvisionnement à partir de Kisangani de même que le ravitaillement des succursales étaient devenus des casse-têtes. « Pour avoir accès à toutes les antennes, il fallait des routes et il n’y avait plus de routes… il fallait prendre des marchandises à vélo ou à moto…» renchérit-il. En 2001, il résolut d’arrêter ses affaires et de se replier définitivement à Kisangani avec toute sa famille, inquiet également de la montée de l’insécurité dans le Bas-Uélé.

Avec la réouverture de la route Kisangani-Buta, Omari est convaincu qu’il peut relancer ses affaires. «Buta était en veilleuse parce qu’il n’y avait plus de route, mais maintenant avec la route financée par la Banque mondiale, il y a un changement » constate-t-il. « Il y a des magasins qui s’implantent, des boutiques par-ci par là … » poursuit-il.

En effet, depuis la réouverture de la route vers Kisangani, l’image de Buta change avec de nouveaux hôtels, des stations-service, des banques, des opérateurs de téléphonie cellulaire, des sociétés de transport qui relient Buta à Kisangani, Beni et Butembo (à 800 km de là) … Dans cet environnement, Omari a décidé de relancer ses activités, même si on est encore loin du temps de splendeur de Buta, quand la ville, avec le commerce florissant de café et desservie par les Chemins de fer des Uélé (CFU), ne comptait pas moins de 50 grands magasins, avec des enseignes célèbres : SEDEC, LAVAS, SICOTRA, PLANKUMU…Omari a des projets bien précis : « Je vais commencer par réhabiliter ma résidence et essayer de reprendre en main ma plantation de café qui est restée en friche pendant tout ce temps, puis je vais reprendre petit à petit le commerce général avec des magasins…, je serais ingrat si je ne rentrais pas à Buta…Tout ce que j’ai à Kisangani provient d’ici» confie-t-il. Omari a tenu sa promesse. L’homme d’affaires a déjà réhabilité sa maison de Buta. Un premier magasina déjà rouvert ses portes. Sa plantation de café a été également relancée.

Omari n’est pas le seul homme d’affaires à revenir à Buta à la faveur de la réouverture de la route Kisangani-Buta. On est encore loin d’un retour de masse, mais la tendance se confirme progressivement avec la réouverture de quelques anciens magasins et surtout avec la relance des plantations de café dans la zone. Oubliant leurs déboires passés, anciens commerçants et hommes d’affaires sont heureux de relancer leurs affaires à Buta et dans le Bas-Uélé car la route leur offre de nouveau, après plus de deux décennies d’isolement et de précarité, l’opportunité et les conditions d’un véritable envol économique.

 

Baudouin MANZENZA SASSA

 

 

 

 

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